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[Visite d’État dans le Hambol] SOS, le Centre de formation professionnelle de Katiola sinistré


Katiola, 22-11-2019 (lepointsur.com) À quelques jours de la visite d’État du président, Alassane Ouattara, dans le Hambol, la direction générale du centre de formation professionnelle de Katiola (CFP) appelle à l’aide.

Mercredi 20 novembre 2019, il est 9h environ, Ouattara Waman Noël 19 ans, élève en 1ère année de maçonnerie au Centre de formation professionnelle (CFP) de Katiola vient d’arriver à pied de Kationon, un village situé à 2 km de son établissement pour les cours.

Emmanuel Konan Kouassi 20 ans, en 2e année d’électricité-bâtiment loue une maison dans un quartier de Katiola

Emmanuel Konan Kouassi 20 ans, en 2e année d’électricité-bâtiment et son frère Abel Agbati N’Goran 19 ans, en 2e année de maçonnerie, venus de Yamoussoukro depuis 2018, louent une maison à 7000 FCFA par mois au quartier Gbedekaha. Pour la nourriture, ils doivent attendre l’aide des parents. Chaque matin, ils se rendent à pied au CFP.

Mlle Stéphanie Oilivia Zablé Lou, 19 ans en 3e année de mécanique-auto, dont les parents résident à Sakassou, vit chez un tuteur au quartier Pédiakaha 1 de Katiola. Comme la plupart des apprenants, elle se rend à pied au CFP. Ce mercredi, elle suit le cours en technique d’expression avec son professeur, Mme Kouassi Amoin.

Depuis la fermeture de l’internat de cette école de formation en 2002, les élèves admis au CFP de Katiola éprouvent d’énormes difficultés. Les 283 apprenants de la rentrée 2019-2020 subiront, eux aussi, de fortunes diverses que variées comme leurs prédécesseurs de cet établissement qui est dans sa 50e année d’existence. « Nous n’avons pas le choix, c’est pourquoi nous souhaitons l’ouverture de l’internat et du réfectoire pour amoindrir nos souffrances », plaident les élèves.

D’un simple centre de formation artisanal à sa création en 1970, il a  été érigé en centre de formation professionnelle (CFP) en 1998. À quelques mois de son cinquantenaire, l’établissement souffre de son déphasage avec l’équipement des centres de formation moderne. Le CFP croule sous le poids de ses 50 ans, d’un manque criant de matériels et d’un faible budget de fonctionnement.

Une vue de l’atelier plomberie-sanitaire

Les élèves de l’atelier de plomberie-sanitaire sont envahis par les bruits assourdissants des machines de la menuiserie et ceux de l’électricité. En cause, l’atelier de plomberie-sanitaire a le malheur d’être situé entre les deux autres cités et d’être dans un état de délabrement très avancé. Les murs crasseux et humides, le matériel de plomberie quasi-inexistant, le professeur de plomberie-sanitaire Simplice Allou et ses apprenants sont envahis chaque fois par des bruits perçants. « Nous avons fini par nous y habituer et nous faisons avec », indique l’enseignant.

À l’atelier de menuiserie, Traoré Amidou et Soro Bakary, respectivement chef d’atelier et professeur de menuiserie sont concentrés sur leur travail et ne se soucient pas du bruit des machines, qui gêne leurs voisins. «Il faut les délocaliser », coupe court le directeur général du CFP de Katiola, Guy-Roland Koffi Kouakou.

Des équipements non adaptés et vétustes. Au nombre des difficultés, les trois salles qui font office d’internat sont fermées depuis 2002. La salle informatique n’existe que de nom. Celle de la plomberie sanitaire et des autres filières manquent d’équipements adaptés. Elles ont reçu chacune un appui du Japon, mais la plupart du matériel ne répond pas aux besoins de la formation dispensée au CFP. Les moyens financiers pour entretenir ceux qui sont fonctionnels font défaut. « Il serait souhaitable de créer une ligne d’entretien des équipement des matériels de la formation professionnelle », estime le directeur général.

L’établissement souffre de son déphasage avec l’équipement des centres de formation moderne

À l’en croire, le CFP de Katiola est le plus grand centre de formation en Côte d’Ivoire. Et pour cause, on forme les apprenants dans sept filières dont cinq en génie civil : la maçonnerie, l’électricité-bâtiment, la plomberie-sanitaire, peinture bâtiment et la menuiserie. Les deux autres filières sont la mécanique-auto et la construction-métallique. Les filières des autres centres de formation professionnelle tournent autour de ‘’4, 5, tout plus 6’’. «Nous saluons les efforts du gouvernement, mais il y a beaucoup à faire pour former notre jeunesse à l’entrepreunariat, et, dans le même temps, les maintenir dans de bonnes conditions dans la région du Hambol», indique-t-il.

Par ailleurs, l’établissement s’étend sur 6ha au-delà de la clôture, selon l’expertise du ministère de la Construction et de l’Urbanisme de Katiola avec qui, la direction a revérifié le bornage. Mais cette partie n’est pas encore exploitée. Elle a donc connu un planting d’arbres de peur qu’elle soit ‘’annexée’’ « Nous l’avons fait au cas où, dans un futur proche, le CFP deviendrait un lycée professionnel

Pour la rentrée scolaire 2018-2019, l’école a accueilli 252 apprenants dont 70 filles. Pour la présente rentrée, pour la première année, le CFP de Katiola attend 133 apprenants qui vont s’ajouter aux élèves de la 2e et 3e année, soient de 283 apprenants environ.

Cette formation diplomante dure sur 3 ans. Elle est sanctionnée par le certificat d’aptitude professionnel (CAP), l’équivalent plus ou moins du brevet d’étude du premier cycle (Bepc) dans l’enseignement général.

Le recrutement, selon le directeur général, se faisait par voie de concours à partir du niveau minimum de 5e. Mais, depuis la nouvelle Constitution ivoirienne qui rend l’école obligatoire pour tous les enfants de 0 à 16 ans, il y a le prépa-CAP des enfants dont l’âge est compris entre 10 et 16 ans.

Un taux ‘’satisfaisant’’ d’enfants formés. En effet, ceux qui ont le niveau CM2 passent deux ans en classe de préparation. Après leur évaluation, les plus méritants, sans passer de concours, accèdent en 1ère année CAP. Quant aux élèves ayant fait la classe de 6e et qui ont de 14 ans, ils font une année. « Cette année, nous avons trois recrues qui, par cette voie d’accès, seront inscrites en 1ère année pour le prépa-CAP dont deux en électricité et un en maçonnerie », indique Guy-Roland Koffi Kouakou.

Pour leur insertion en fin de cycle, la direction de l’Apprentissage et de l’Insertion professionnelle fait un suivi post-formation. Les statistiques démontrent que 90% des élèves formés sont destinés au secteur privé. Cependant, depuis 2017 qu’il dirige le CFP de Katiola, 32% de ses élèves ont été insérés dans la vie active, selon les dernières statistiques nationales. Le projet de bitumage de l’axe Bouaké-Ferkessédougou est un cas récent : « Par exemple dans le cadre de l’extension de la voie Bouaké-Ferkessédougou, nous avons déposé la liste de tous nos diplômés auprès de la société qui réalise le tronçon. Après entretien, suite à leurs besoins, certains ont été retenus. Il en est de même pour la société qui a en charge l’éclairage. Nous accompagnons nos enfants chaque fois qu’il y a des opportunités », rassure le directeur général.

Pour M. Koffi Kouakou, atteindre un tel taux à Katiola est ‘’satisfaisant’’ parce que 80% des entreprises sont à Abidjan. Pour pallier cet état de fait, depuis octobre 2017, il a assis sa vision en fonction des réalités de la Katiola.

Les moyens financiers, l’un des grands  défauts. Pour lui, il faut reformer les filières parce qu’elles ne répondent plus aux besoins des entreprises, malheureusement les moyens financiers font défaut et tout est au point mort. Les besoins des entreprises sont, entre autres, l’élecrto-technique, le peintre-calligraphe. Par exemple, la société en charge de du bitumage de la voie lui a recommandé cette spécialité, mais le centre n’en dispose pas).

Pour cette réforme, il souhaite pour la mécanique, par exemple, que l’école fasse aussi de la mécanique moto, parce que Katiola est dans une zone où il y a plus d’engins à deux roues que de véhicules. Etant donné que la localité est au-dessus du 7e parallèle, il recommande de faire de la menuiserie-aluminium. 

L’école ne dispose pas de moyens d’approvisionner suffisamment les ateliers pour la faire fonctionner normalement. « Il y des parents qui, après deux ou trois jours à la recherche de tuteurs pour leurs enfants décident de retourner avec ceux-ci alors que par le passé l’internat pouvait accueillir plus centaine d’apprenants », regrette notre interlocuteur.

Le CAP étant l’exécution du travail que le technicien donne, ‘’un enfant qui passe son temps à soulever des briques, le fer ou autres, a besoin d’être bien nourri.’’

L’école a un budget de fonctionnement de 7 millions FCFA exécuté à 70% dans l’année (9 mois de cours), ce qui fait environ 4 millions 9 mille FCFA, selon le directeur. C’est-à-dire, par trimestre l’école doit dépenser environ 1 million 300 mille d’où elle doit retirer les frais d’entretien, le fonctionnement de l’établissement. Le budget a maigri et tourne autour de 900 000 FCFA. Ces 900 000 repartis entre les 7 filières, chaque filière se retrouve avec un peu moins de 130 mille FCFA, par trimestre. Raison pour laquelle, notre interlocuteur affirme que les moyens mis à la disposition de l’école pour les 9 mois ne peuvent supporter toutes les charges qu’en trois semaines. « Pour construction métallique, la feuille de tôle, le minimum, c’est 3 000 FCFA. Quand vous avez 45 élèves à qui il faut donner deux feuilles de tôle, les cinq ateliers sont absorbés en trois mois. À la maçonnerie aussi, il faut trouver du sable et du ciment dont la tonne coûte environ 90 000 FCFA, sans compter l’achat et transport du sable », justifie-t-il.

La formation par alternance, et la ‘’débrouillardise’’. Grâce au partenariat avec certains secteurs qui disposent de tout le matériel, les apprenants de la filière s’y rendent pour leur TP. En retour, ils leur donnent un repas. «C’est dans ce contexte que nos élèves réalisent leur TP en maçonnerie sur la clôture du collège moderne, grâce au partenariat signé avec le Coges de cet établissement. C’est là-bas qu’ils sont évalués en même temps. S’il y aussi certains services qui ont besoin de ravaler leur façade, on y envoie aussi nos apprenants. En somme, nous faisons de la débrouillardise», se lamente le DG du CFP.

Le programme de la réforme de la formation technique et de la formation professionnelle adopté récemment pour permettre à ces écoles de formation de fonctionner comme des entreprises est ‘’une très bonne vision’’, mais selon le directeur, il reste du travail à faire, c’est-à-dire, ‘’sensibiliser et mettre au même niveau d’information ‘’ les responsables des collectivités locales (conseil régionaux et maires) pour un partenariat formel’’. « Il est vrai que le Coges et la chambre des métiers le font, mais il faut sensibiliser davantage les élus des collectivités décentralisées », propose-t-il.

‘’2020 verra une amplification des initiatives en faveur de l’insertion des jeunes ivoiriens’’, selon le ministre. Conscient des difficultés que rencontrent les écoles de formation professionnelle, le gouvernement ivoirien propose que ces établissements s’approprient le concept de partenariat avec les entreprises de leur environnement socio-économique. En attendant d’autres solutions pour améliorer la qualité de la formation et garantir une insertion professionnelle réussie des diplômés, cette proposition faite le 7 novembre 2019, à Abidjan par le directeur de la formation professionnelle initiale, Fofié Koffi, à l’ouverture de la rencontre Ecole-Entreprise reste pour l’heure, l’une des pistes à explorer. « Les écoles doivent s’approprier le concept et établir des partenariats avec les entreprises de leur environnement socio-économique. La rencontre entre l’école et le milieu productif est un axe majeur pour atteindre les objectifs d’insertion professionnelle », avait-il indiqué en qualité de représentant du secrétaire d’État chargé de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle.

La commission Finance de l’Assemblée nationale a adopté, mercredi 20 novembre 2019, le projet de budget de 18,178 milliards FCFA proposé par Touré Mamadou, ministre de la Promotion de la Jeunesse et de l’Emploi des Jeunes, loin derrière celui du ministère de l’Éducation nationale qui est de 955.931 905 381 FCFA. « L’année 2020 verra une amplification des initiatives en faveur de l’insertion des jeunes ivoiriens », a-t-il promis sur sa page officielle Facebook.

Par ailleurs, le budget de l’État pour 2020 s’équilibre en ressources et en dépenses à 8 061 milliards de FCFA, soit une progression de 9,9% par rapport au budget 2019, qui était de 7 334,3 milliards de FCFA.

La volonté de l’État de former des personnels dans les différents secteurs d’activités n’est pas près de se concrétiser pour faute de dotation financière conséquente et d’adaptation des centres aux réalités actuelles.

Sériba Koné, envoyé spécial dans le Hambol.

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