Technologie

UEMOA/Energies renouvelables : des chercheurs se mobilisent


Blélou Bénédicte Séry, doctorante élue Présidente de l’Association Génies Monde et Savoir « GM Savoir » à Paris Sorbonne, réalise pour notre compte sa première interview avec Louis Boisgibault, en prélude au sommet énergétique du 26 et 27 janvier 2017 à Abidjan.

Louis Boisgibault, enseignant chercheur, a soutenu sa thèse de doctorat à la Sorbonne sur le sujet : Territoires et transition : l’exemple de la Métropole Européenne de Lille et du Pays de Fayence ; les espoirs de Ouarzazate et de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine.

Pourquoi s’intéresser à l’UEMOA en tant qu’universitaire ?

Ayant participé au 40ème anniversaire de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) en novembre 2013 à Lomé, j’ai trouvé que les travaux étaient de grande qualité. La session thématique sur la croissance verte et sur les défis pour les pays de l’UEMOA a réuni un panel d’experts de grande qualité. J’y ai fait une communication sur les domaines et moyens de développement de l’énergie solaire dans l’UEMOA qui m’a permis de nouer contacts avec des personnalités. Touché que les responsables de la BOAD s’intéressent à mon ouvrage «l‘énergie solaire après Fukushima, la nouvelle donne (Medicilline) », j’ai contribué aux recommandations du colloque avec le regretté Thierno Bocar Tall, président de la Société Africaine des Biocarburants et des Energies Renouvelables (SABER) disparu prématurément en janvier 2017. Il s’agissait de renforcer les capacités des ressources humaines dans le domaine des énergies renouvelable, remonter la chaîne de valeur avec des transferts de technologies, promouvoir la recherche, mettre sur pied un centre régional pour l’énergie solaire et conduire des études prospectives. A la suite de cela, j’ai été invité en juin 2014 pour

intervenir à Dakar à l’Africa Power Forum, dans la même dynamique de croissance. J’ai mis les données collectées lors de ces deux déplacements en perspective avec mes travaux au Maroc et en France pour tracer une verticale de recherche Afrique, Méditerranée, Europe, pour l’énergie et le climat.

En quoi la conférence climatique COP 22 à Marrakech influence t’elle vos recherches ?

La Côte d’Ivoire a pris part à la COP22 en ayant ratifié l’accord de Paris (COP 21), le 25 octobre 2016 avant la date d’entrée en vigueur. Elle a présenté ses atouts et son portefeuille de projets climatiques pour la mobilisation des ressources dédiées sous l’impulsion de l’ancien premier ministre Kablan Duncan et du ministre de l’environnement et du développement durable de l’époque, le Dr Allah Kouadio Rémi. Cette contribution de la Côte d’Ivoire s’inscrit dans la dynamique de son Programme National de Développement (PND 2016-2020). Il faut noter qu’il y a une part importante des projets envisagés qui est optionnelle, soumise à l’obtention de financements internationaux. Nous entrons dans la logique d’un nouvel accord international applicable à tous les pays de manière partagée mais différentiée, en fonction de la richesse de chacun. L’accord engage maintenant la responsabilité de l’ensemble des Nations dans une réduction globale des émissions de gaz à effet de serre, dans l’objectif de maintenir le réchauffement mondial à idéalement 1.5°C en 2100.

Quel rôle pour la Côte d’Ivoire et l’UEMOA ?

J’ai beaucoup de contact avec des responsables de Côte d’Ivoire. 2017 va être une année très propice avec le sommet énergétique d’Abidjan du 26 et 27 janvier où seront discutés les projets communs de l’UEMOA liés à l’énergie et la tenue des jeux de la francophonie qui dépassent le cadre purement sportif en renforçant les infrastructures, les dialogues et en traduisant l’émergence économique et sociale du pays. Le sommet énergétique portera sur les opportunités de projets transfrontaliers et sur les investissements dans l’UEMOA et même la CEDEAO. La préoccupation est d’attirer les capitaux internationaux afin de dynamiser l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. L’UEMOA doit aussi continuer son effort et peut jouer un rôle moteur en faveur de la transition énergétique. Des nouvelles technologies apparaissent, comme des panneaux solaires moins chers et plus performants, qui peuvent changer rapidement les équilibres existants au point de surprendre la vieille Europe, à l’image des téléphones portables. L’Afrique de l’Ouest peut devenir une locomotive de croissance sur laquelle le Maroc et la France doivent se raccrocher.

Quels sont vos résultats de recherche ?

Les résultats ont été obtenus par la confrontation de ce travail de terrain avec la revue de la littérature universitaire et un travail statistique. Pour le sud de la Méditerranée, le jury de thèse a compris que mon ouverture vers l’Afrique de l’Ouest n’est qu’un commencement et doit mener à des travaux plus importants. Le premier résultat est que cette transition énergétique constitue une opportunité pour l’UEMOA qui a de bonnes ressources hydriques et un climat approprié pour développer les énergies renouvelables. Le deuxième résultat constate que la réglementation doit se mettre en place et peut être très complexe, par exemple pour les mécanismes de soutien aux énergies renouvelables. Le troisième résultat montre les petites installations en sites isolées peuvent se développer en même temps que de grands projets de barrages, de parcs éoliens et de fermes photovoltaïques. On assistera alors à une hybridation des réseaux, avec les infrastructures traditionnelles de transport et de distribution d’énergie qui doivent être améliorées qui coexisteront avec des autoconsommations et des boucles locales. Les enjeux sont la gestion de l’intermittence, le stockage de l’électricité et la bonne interconnexion des réseaux des pays membres de l’UEMOA pour le bon fonctionnement du Système d’Echanges d’Energie Electrique Ouest Africain.

Quels sont vos projets après ce doctorat à la Sorbonne ?

Continuer de me mobiliser pour créer la verticale de recherche Afrique Europe. J’ai été sollicité par des universitaires, géographes du transport, de l’université d’Abidjan Cocody pour faire partie du comité de lecture d’un ouvrage qui devrait s’intituler « Le port dans la ville ». Cet ouvrage se compose de contributions scientifiques de chercheurs ouest-africains de premier plan et il paraîtra en 2017. Ensuite, avec Blélou Bénédicte Séry, doctorante et Présidente de l’Association « GM Savoir », nous cherchons à favoriser les échanges et les rencontres universitaires Europe – Afrique.

Enfin, mon activité de consultant m’a rapproché d’un consortium d’entreprises électriques françaises qui s’organise pour créer un centre commun de Recherche Développement Energie Afrique. Ce centre sera un catalyseur pour organiser les compétences, la réflexion stratégique, les projets, l’innovation qui faciliteront la diffusion des nouvelles technologies et des solutions modernes à l’échelle de la croissance rapide des besoins économiques et sociaux. Cela me donne plusieurs raisons pour venir à Abidjan en 2017.

Une correspondance particulière depuis Paris de Bléou Bénédicte Sery

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