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Moyen-Orient/Renouer avec les musulmans et rassurer les coptes : les enjeux de la visite du pape François en Égypte


Lors de sa visite en Égypte vendredi et samedi, le pape François doit rencontrer les dirigeants islamiques mais entend aussi soutenir les chrétiens du Moyen-Orient, cibles d’attentats de l’’EI.

Dès son arrivée au Caire vendredi 28 avril à 14 heures, le pape François doit se rendre au palais présidentiel pour s’entretenir en privé avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, qui l’avait rencontré au Vatican en novembre 2014. Mais le temps fort de la journée sera incontestablement l’accolade entre le pontife argentin et le grand imam de la mosquée d’Al-Azhar, le cheikh Ahmed Al Tayeb. Vieille de presque mille ans, cette institution religieuse héberge une université et des écoles attirant des étudiants du monde entier.

La visite du pontife argentin sera l’occasion de réchauffer dix ans de relations glaciales entre Al-Azhar et le Vatican, qui s’étaient crispées à la suite des propos controversés du pape Benoît XVI en 2006, sur l’islam et la violence. En 2011, il avait aussi dénoncé un attentat contre une Église copte, provoquant l’ire d’Al-Azhar qui avait brutalement rompu avec le Saint-Siège. Depuis, les liens se sont timidement réchauffés, notamment grâce à l’imam Tayeb qui s’était rendu au Caire en mai dernier. « Il y a des courants très radicaux au sein de l’université mais, récemment, le grand imam a affirmé qu’Al-Azhar ne reconnaissait pas les chrétiens comme une minorité, mais comme des citoyens », s’est félicité dans La Croix le Père Samir.

Tournant dans les relations avec Al-Azhar

En dépit de ce rapprochement, le pape François se contentera cet après-midi de prononcer un discours lors d’une « conférence internationale de paix », le Saint-Siège ayant refusé que le pape signe un quelconque texte. « Le pape fera son discours, c’est tout », explique-t-on au Vatican. « Le pape est conscient que, si le dialogue existe, c’est déjà beaucoup, reconnaît dans La Croix également un responsable du Vatican, engagé de longue date dans ce dialogue. D’ailleurs, le simple fait que ce voyage ait lieu est déjà un succès. »

Cette visite devrait marquer un tournant dans les relations entre les autorités catholiques et musulmanes. Lors de son déplacement de 27 heures, le pape François ne se contentera pas de promouvoir le dialogue auprès des musulmans. Il s’adressera aussi aux chrétiens, et tout particulièrement à la communauté copte, victimes d’attentats depuis le renversement du président Mohamed Morsi, soutenu par les Frères musulmans, en 2013.

La menace est omniprésente : les jihadistes se sont engagés à multiplier les attaques contre les coptes, majoritairement orthodoxes, qui représentent environ 10 % des 92 millions d’Égyptiens.

Le chef spirituel de près de 1,3 milliard de catholiques, qui tiendra en fin de journée une réunion avec le patriarche copte, Pope Tawadros II, célébrera aussi samedi une messe dans un stade militaire de la banlieue du Caire. Il s’adressera à la très minoritaire communauté catholique égyptienne, 272 000 fidèles de différents rites.

Toutes les églises d’Égypte ont été placées sous haute surveillance dans la crainte d’un attentat durant le voyage du pape. Ses déplacements seront ultra-sécurisés, précisent des sources de sécurité égyptiennes, en raison du climat tendu que vivent les Chrétiens en Égypte.

Le 9 avril, deux attaques contre deux églises coptes avaient fait au moins 43 morts. Une des journées les plus sanglantes pour la communauté depuis des décennies.  Malgré l’état d’urgence décrété à la suite de ces attaques revendiquées par l’État islamique, le pape François a refusé de se déplacer dans une voiture blindée afin de pouvoir se mêler à la foule. « S’il vous plaît, priez pour mon voyage demain comme pèlerin de paix en Égypte », a tweeté jeudi le souverain pontife.

Promouvoir le discours interreligieux

Le souverain pontife espère que ce déplacement va “contribuer au discours interreligieux entre le monde islamique et l’église orthodoxe copte. Le moment n’a jamais été aussi crucial, selon lui, notamment grâce au discours pacifique du cheikh Tayeb. Considéré comme modéré, il avait condamné à plusieurs reprises les attaques de l’organisation de l’État islamique.

Mais Al-Azhar est également au cœur d’une lutte entre les autorités politiques et religieuses, depuis que le président al-Sissi fait campagne pour des réformes visant à éradiquer le discours extrémiste de la sphère religieuse. L’institution religieuse a par exemple refusé d’amender la pratique islamique des divorces prononcés de manière orale.

Reconnaître Al-Azhar est un moyen, pour le souverain pontife, de lutter contre la montée de l’islamisme extrémiste. Mais cette position est loin de faire l’unanimité en Égypte. Certains jugent que l’institution ne va pas assez loin pour éradiquer cette souche islamiste, et qu’Al-Azhar résiste aux appels de Sissi pour “moderniser la foi ”.

Le pape François n’est pas non plus exempt de critiques. Les conservateurs voient d’un mauvais œil sa volonté de normaliser les relations avec les dirigeants musulmans dans un contexte si violent. L’historien Roberto de Mattei, éditeur du magazine Christian Roots (Racines chrétiennes) a souligné dans un éditorial que les assaillants de l’attaque du 9 avril n’étaient « pas des déséquilibrés ou des fous mais porteurs d’une vision religieuse qui combat la chrétienté depuis le VIIe siècle ”.

 

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