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Déguerpissement de la forêt classée de Kobo/ Le D.R de la Sodefor de Bouaké installe la terreur et prépare un génocide alimentaire


–         Ouréguékaha, pas comme Balékro-Brousse et Dogodou

Une vue de quelques victimes (Ph: Dr)

Une vue de quelques victimes (Ph: Dr)

La population du village de Ouréguékaha et les responsables des eaux et forêts de Katiola ne filent plus le parfait amour. Et pour cause, depuis le mercredi 4 juin 2014, les hommes du capitaine de cette unité ont décidé de détruire des champs de maïs, d’arachides, d’anacardiers etc. des populations du village de Ouéguékaha. L’opération ne s’est faite pas effectuée de la manière la plus douce et la plus civilisée, selon certains cultivateurs victimes de la barbarie menée par les agents des eaux et forêts. Ils ont même étébastonnés. Plus de 13 hectares d’anacardiers y compris des champs de maïs, d’ignames, de bananier ont été saccagés. Les victimes ont été battues, des cases incendiées, les poulets des paysans tués et emportés ainsi que des sacs d’igname emportés par les agents de la Sodefor. Certains ont même subi des pompes avant de ramper. Il s’agit de Coulibaly Pascal, Coulibaly Simplice, Coulibaly Nangbogo, Dramé Touré,Touré Gninpekan, Touré Emmanuel, Touré Migabonron, Ouattara Biba, Coulibaly Nagninta. Le dernier cité a même eu sa moto retirée avant de la  lui remettre, à nouveau. Face à cet abus de pouvoir de l’autorité des eaux et forêts doublé d’intimidation, les planteurs et cultivateurs sont restés sans mot dire.

Une vue d'une case incendiée (Ph: Dr)

Une vue d’une case incendiée (Ph: Dr)

Joint par téléphone pour en savoir davantage, le capitaine des eaux et forêts, Amankou, à Katiola , n’a pas nié les faits. “Nous avons agi sur ordre de notre hiérarchie“, a-t-il coupé court. “Nous avons convenu avec le village de Ouréguékaha d’arrêter tout nouveau défrichement en attendant de trouver une réponse définitive à sa demande de maintien au site actuel. Pendant que les discussions sont en cours, les populations continuent de défricher” a révélé le Chef Services des Opérations Techniques et Commerciales de la Sodefor Centre de Gestion de Bouaké Goré Bi Séry Albert. Un ordre à n’en point douter, venu du colonel Koffi Abraham, ingénieur des eaux et forêts, par ailleurs Directeur régional de Bouaké. A la question de savoir comment cette population doit vivre en attendant cette réponse définitive à sa préoccupation. Silence radio !  Il y a-t-il eu un communiqué officiel du gouvernement précisant la date de déguerpissement de la population ? La direction générale de la Sodefor est-elle partie prenante de cette affaire ? Autant de questions qui sont restées sans réponse.  Par conséquent, selon l’explication du Conseiller technique en communication du Directeur général, Kambiré que nous avons joint dimanche 8 juin 2014, “cela peut être une opération menée par la Direction des Eaux et Forêts basée au cabinet du ministère”, a-t-il soutenu, ajoutant, “nous n’avons reçu aucune information relative à une quelconque descente des agents des eaux et forêts de Katiola dans la forêt classée de Ouréguékaha, au sein de la communication de la Sodefor“. Par ailleurs, explique-t-il, “il y a un comité interministériel composé du ministère de la Défense, de l’Environnement et des Eaux et Forêt qui se réunit et choisit la date du déguerpissement“. Une disposition protocolaire qui achève de convaincre que c’est une opération pilotée depuis la présidence de la République. “Donc, la moindre erreur n’est pas permise“, a indiqué notre interlocuteur. Mieux, de sources proches de la Direction des Eaux et Forêts, “il y a d’abord l’étape de la sensibilisation de la population riveraine. Ensuite, au cours des différentes rencontres entre la population et les autorités, la date déguerpissement est fixée“, a soutenu notre source proche de la Direction des Eaux et Forêts. Non sans préciser ce qui suit : “Ceux qui doivent exécuter l’opération sont munis d’un ordre de mission qu’ils présentent au chef du village et à sa notabilité. C’est après cette procédure que les agents mettent à exécution l’opération”. Y’a-t-il eu une signification de l’ordre de déguerpissement ? “Non“, répond le président du Coges dudit village, Touré Bema ajoutant par ailleurs  que “le chef du village n’a même pas été averti de l’arrivée de ces agents -là, dans la journée du jeudi“. “Même si,” reconnaît-il, “plusieurs rencontres ont eu lieu entre les autorités administratives, les responsables des eaux et forêts et la communauté villageoise“. Pour le président du Réseau national de la santé communautaire de Côte d’Ivoire (Renascomci), par ailleurs président du conseil d’administration de l’hôpital communautaire de Yopougon-wassakara, fils du village Ouattara Clément, “c’est un abus d’autorité.” “Si ces autorités administratives censées faire de la sensibilisation agissent comme des bandits, les jours à venir nous allons user des voies légales afin que justice soit rendue“, a-t-il martelé sans toutefois rentrer dans le fonds de la contestation. “Nous ne pouvons accepter que des gens détruisent des zones utilisées  par des producteurs de charbon des sciages artisanaux de bois, et l’utilisation des mineurs dans l’orpaillage dans six sous-préfectures qui sont entre autres Tafiré, Badikaha, Haricokaha, Niédiékaha, Tortiya et Niakara et que les eaux et forêts laissent faire pour s’attaquer aux vivriers de nos parents” a indiqué le président national de l’Association des producteurs de Tecks de Côte d’Ivoire, Coulibaly Simon. En intimant l’ordre aux populations d’”accepter de ne plus faire de nouveaux défrichements“, comment vont vivre les nombreuses familles de ce village en attendant que la décision de déguerpissement ou non soit résolue définitivement ?Si ce n’est depousser plus de mille personnes à un génocide alimentaire dans leurpropre pays. Par conséquent, depuis cette descente musclée, la population reste terrée chez elle au village de peur de nouvelles attaques.

Ouréguékaha, pas comme Balékro-Brousse et Dogodou

Un champ de maïs saccagé par des agents des eaux et forêts (Ph: Dr)

Un champ de maïs saccagé par des agents des eaux et forêts (Ph: Dr)

De 12 millions d’hectares en 1956, les forêts classées en Côte d’ivoire ont considérablement subi la furia des prédateurs. A ce jour, selon des experts elles sont à 1,5 million d’hectare. Face à cette situation alarmante, le gouvernement ivoirien a décidé depuis novembre 2013, de déguerpir certains campements et gros villages qui se sont illégalement installés dans ces zones.

Ainsi, l’opération de déguerpissement va commencer par le gros village de Balékro-Brousse d’environ 6.000 âmes et ensuite Dogodou.

Si les populations elles-mêmes reconnaissent leur présence illégale dans ces forêts classées, quant à la population de la forêt classée de Kobo à Ouréguékaha, c’est totalement le contraire. La forêt de Kobo a été classée depuis 1939, par arrêté général N°1014 SE du 27 mars 1939. En effet, installée dans l’ancien village qui, selon les experts n’était pas dans la forêt classée de Kobo, comme l’a indiqué notre dossier (1ère partie), la population de Ouréguékaha a été contrainte par les politiques dans les années 80 de se rapprocher de la voie principale “afin de bénéficier du développement“. Touré Kassignan Marc, l’un des premiers président de la mutuelle de ce village et la chefferie, Touré Tiémoko un vieil homme d’environ 88 ans sont  formels : “C’est à la faveur de l’indépendance à Katiola, en 1979, que le village a vu le jour. Nous nous sommes rapprochés de la route afin de bénéficier du développement, grâce à certains cadres de la région comme le général Ouassénan Koné et feu le général Thomas d’Aquin.” Ce récit est corroboré par le président des jeunes Ouattara Kinakan. Pouvait-il en être autrement quand, par décret N°2010-33 du 25 août 2010, a été signé par l’ex-chef de l’Etat, Laurent Gbagbo  fixant le ressort territorial des régions, départements, sous-préfectures et communes de Côte d’Ivoire? Un décret qui, selon les populations a été ” suspendu” par le Président Alassane Ouattara.

Le cas Ouréguékaha est purement politique et mérite beaucoup d’attention. Ce ne sont pas les habitants de ce bourg qui ont décidé de leur propre chef de déménager sur l’actuel site, mais ils devraient le faire “afin de bénéficier du développement“.

Sériba Koné

 

 

 

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