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Le taux d’emploi informel en Côte d’Ivoire dépasse-t-il les 90 % ?


La Banque mondiale a annoncé en juillet 2018 que le taux d’emploi informel dépasse les 90% en Côte d’Ivoire une situation expose cette majorité à la ‘’pauvreté.’’

Sur sa page officielle Facebook, la Banque mondiale a annoncé le 22 juillet 2018 que « le taux d’emploi informel est supérieur à 70% en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, et à 50 % en Amérique latine. En Côte d’Ivoire et au Népal, il dépasse les 90 %».

http://lepointsur.com  a vérifié l’information qui, le 6 août 2018, enregistrait 2,1 k ‘’J’aime’’, ‘’33 commentaires’’ et ‘’295 partages.’’ Mais, bien avant, nous vous proposons la définition de l’emploi, en général, et de celui dit informel, en particulier.

 Quelle définition donne-t-on à l’emploi en Côte d’Ivoire ?

L’ingénieur statisticien-démographe en chef, par ailleurs directeur de l’Observatoire de l’emploi et des métiers, Abbas Sanoussi, dans un rapport du mois de février 2018, transmis à http://lepointsur.com, s’appuie sur  les définitions extraites des normes du Bureau international du travail (BIT) et de l’Organisation internationale du travail (OIT), lors des Conférences internationales des Statisticiens du Travail (CIST) dont les sessions se tiennent à Genève (Suisse) tous les cinq (05) ans. La dernière CIST (la 19e) s’est déroulée du 2 au 11 octobre 2013.

« Est pourvue d’un emploi toute personne en âge de travailler qui, au cours d’une semaine de référence ou des 7 derniers jours, a réalisé une activité durant au moins une heure, pour produire des biens ou fournir des services en échange d’une rémunération ou d’un profit (Manuel des Enquêtes Emploi_RCI, 2013-2014, 2016 et 2017).» Telle est la définition du BIT et de l’OIT.

Que dit la loi ?

Selon la Loi N° 2015-532 DU 20 juillet 2015 portant Code du travail, ‘’est considérée comme travailleur ou salarié quels que soient son sexe, sa race et sa nationalité, toute personne physique qui s’est engagée à mettre son activité professionnelle, moyennant rémunération sous la direction et l’autorité d’une autre personne physique ou morale, publique ou privée, appelée employeur.

Pour la détermination de la qualité de travailleur, il n’est tenu compte ni du statut juridique de l’employeur, ni de celui de l’employé’’.

Quelle définition le Bureau international donne-t-il à l’emploi informel ?

Dans un rapport de la Banque africaine de développement (BAD), intitulé ‘’L’économie informelle dans les Etats fragiles : cas de la Côte d’Ivoire’’, cette institution bancaire définit l’emploi informel en s’appuyant sur celle du Bureau international du travail (BIT) en ces termes : l’activité informelle est «toute activité non enregistrée et/ou dépourvue de comptabilité formelle écrite exercée à titre d’emploi principal ou secondaire par une personne en tant que patron ou à son propre compte».

La 18e  Conférence des statisticiens du travail (BIT, 1993) donne une définition plus détaillée l’activité informelle : « un ensemble d’unités produisant des biens ou des services en vue principalement de créer des emplois et des revenus pour les personnes concernées. Ces unités ayant un faible niveau d’organisation, opèrent à petite échelle et de manière spécifique, avec peu ou pas de division entre le travail et le capital en tant que facteurs de production. Les relations d’emploi (lorsqu’elles existent) sont surtout fondées sur l’emploi occasionnel, les liens de parenté ou les relations personnelles et sociales plutôt que sur des accords contractuels comportant des garanties en bonne et due forme.»

 D’où la Banque mondiale a-t-elle tiré l’information ?

La Banque mondiale a publié sur son blog :

http://blogs.worldbank.org/voices/fr/sortir-du-piege-du-travail-informel-grace-a-la-technologie?cid=ECR_FB_WorldBank_FR_EXT, une opinion soumise par par Kristalina Georgieva, le vendredi 13/07/2018, intitulée ‘’Sortir du piège du travail grâce à la Technologie.’’

Dans son article, Kristalina Georgieva définit  un travailleur informel comme celui qui n’a pas de contrat, pas de sécurité sociale, pas d’assurance maladie, ni aucune autre protection.  « Le travail informel est un moyen de survie, et rien d’autre. Des tireurs de pousse-pousse dans les rues de Dacca aux vendeurs ambulants de fruits à Nairobi, l’économie informelle est omniprésente. Le taux d’emploi informel est supérieur à 70 % en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, et à 50 % en Amérique latine. En Côte d’Ivoire et au Népal, il dépasse les 90 % », précise l’auteur.

Sur quoi a-t-elle basé son opinion ?

Pour donner de la crédibilité à son opinion, Kristalina Georgieva présente le graphique ci-dessous qu’elle a extrait de la version préliminaire du rapport sur le développement dans le monde 2019 (a), dans lequel le travail informel est plus répandu dans les pays à faible revenu que dans ceux à revenu plus élevé.

Comme début de solution, l’auteur s’interroge : « Que faire pour remédier à cette situation ? » Avant de répondre : « À l’évidence, il n’y a pas de solution universelle. Il faut en fait, selon le contexte, agir sur plusieurs fronts : améliorer l’environnement économique, investir dans le capital humain et saisir les opportunités offertes par la technologie, dont il est beaucoup question en ce moment.»

En revanche, il  soutient que la technologie peut, en effet, réduire l’informalité. « Au Pérou, par exemple, l’introduction d’un système électronique au moyen duquel les employeurs versent les salaires et communiquent chaque mois des informations à l’autorité fiscale nationale, a permis de créer 276 000 emplois formels. Ces informations portent sur les travailleurs, les retraités, les prestataires de services, le personnel en formation, les travailleurs externalisés et les demandeurs de prestations sociales

Que dit le rapport du FMI sur la question ?

Le rapport du Fonds monétaire international (FMI) publié le 11 juillet 2017, établit un classement des pays d’Afrique subsaharienne en fonction du pourcentage du secteur informel. L’économie informelle de cette région se situe entre 20 et 65% du PIB. Selon ce rapport, le marché informel en Côte d’Ivoire représente entre 30 et 40% du produit intérieur brut (PIB) du pays.

Quelle situation la Banque mondiale présente-t-elle ?

Un document de la Banque mondiale : http://documents.banquemondiale.org, intitulé  ‘’L’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne’’ indique qu’en Afrique, la grande majorité du travail se trouve dans l’agriculture. « Celle-ci y occupe plus de 70 % de la population active dans les pays à faible revenu et plus de 50 % dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Les agriculteurs africains sont majoritairement de petits exploitants qui consomment une part importante de leur production. Des données tirées d’enquêtes récentes auprès des ménages indiquent que la part consommée avoisine 50 % contre 20 à 30 % en dehors de l’Afrique », soutient le rapport.

Quel est le taux du travail informel officiel en Côte d’Ivoire ?

La direction des Stratégies et Programmes d’emploi a transmis à http://lepointsur.com la fiche synthétique sur l’emploi en Côte d’Ivoire. Selon une enquête réalisée en 2016, sur la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire la population en âge de travailler (14 ans et plus) était de 14 870 704. Dans cette population, le taux d’emploi informel est de 93,9%.

La synthèse des principaux indicateurs de l’emploi et du marché du travail en Côte d’Ivoire sur la période 2012-2016, présenté à la réunion des experts de la direction générale de l’emploi (DGE), de l’Institut national des statistiques (INS) et l’Agence emploi jeunes (AEJ) du 6 décembre 2017 à la DGE, à Abidjan,  présente apparemment ces mêmes taux d’emplois informels : 92,5%

Quant au taux combiné du chômage, du sous-emploi lié au temps de travail et de la main d’œuvre potentielle, en vue de mieux caractériser la sous-utilisation de la main d’œuvre en Côte d’Ivoire, il était de 27,8%, selon la même enquête de 2016.

Le marché de l’emploi en Côte d’Ivoire est resté fortement caractérisé par l’informel de 2012 à 2016.

Le taux d’emploi informel en Côte d’Ivoire dépasse effectivement 90%. « Le défi majeur de l’emploi en Côte d’Ivoire aujourd’hui est la qualité des emplois créés, d’où l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie nationale intégrée de transition vers l’économie formelle avec l’appui du BIT», indiquent les experts en charge de la question de l’emploi en Côte d’Ivoire.

Kristalina Georgieva conseille de consulter la version préliminaire du rapport sur le développement dans le monde 2019 (a) ‘’pour savoir comment la technologie peut aider les travailleurs à quitter des emplois sans avenir.’’
« Ce rapport n’apporte pas toutes les solutions, bien évidemment, mais, dans un monde où règne l’incertitude, il invite à réfléchir aux défis de demain. La technologie n’est pas la seule réponse à nombre des problèmes auxquels nous sommes confrontés. C’est toutefois en posant les bonnes questions aujourd’hui qu’elle devrait nous permettre d’avancer, et non entraver nos efforts.»

Sériba Koné

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