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[La chronique] « But de la réconciliation pour la Côte d’Ivoire »


Abidjan, 08-04-2021 (lepointsur.com) À Barthelemy Zouzoua Inabo: Je salue le geste technique de ton camarade au conseil des ministres ce mercredi 7 avril 2021. En football, nous parlons de double contact suivi d’un sombrero, ponctué par une passe décisive. But de la réconciliation pour la Côte d’Ivoire. Un homme, c’est sa parole. Au commencement, était la parole…

L’engagement de ton Camarade pour le retour de Laurent Gbagbo et donc de Blé Goudé en Côte d’Ivoire, est à mettre dans le panier de la Paix, l’apaisement, la réconciliation et la cohésion nationale.

Pour mieux apprécier le geste de ton camarade, retour au mois de décembre 2020. La présidentielle vient à peine de s’achever en Côte d’Ivoire. Le 4 mars 2020, un décret, pris en Conseil des ministres, institue la journée nationale du pardon et du souvenir. Date arrêtée, le 16 décembre, chaque année. Journée-hommage aux victimes, toutes les victimes des crises en Côte d’Ivoire. Célébration nationale et collective.

“ L’eau a coulé sous le pont depuis. Il y a eu le dialogue politique. Il y a eu les législatives inclusives, sans violences majeures et surtout avec zéro mort, le 6 mars 2021. Les vaincus ont salué les vainqueurs. Hamed Bakayoko est mort. La CPI a tranché. ’’

Le 16 décembre 2020 approche et il faut tenir la promesse du dépassement des meurtrissures, des déchirures individuelles et collectives, de la haine enfouie et de l’instinct de vengeance.

Les discussions sont houleuses. D’abord au Conseil du gouvernement puis au Conseil des ministres. Les ministres, que j’appelle « les propriétaires terriens » dans le rassemblement de ton camarade s’opposent farouchement à cette journée. « Il faut d’abord que les gens de l’opposition fassent acte de repentance. Qu’ils reconnaissent leurs responsabilités et leurs fautes. Qu’ils demandent pardon ». Feu Hamed Bakayoko ne peut trancher. Il soumet la question à l’arbitrage de ton Camarade. « Ce n’est pas le moment ». Conclusion finale.

L’eau a coulé sous le pont depuis. Il y a eu le dialogue politique. Il y a eu les législatives inclusives, sans violences majeures et surtout avec zéro mort, le 6 mars 2021. Les vaincus ont salué les vainqueurs. Hamed Bakayoko est mort. La CPI a tranché. Les Ivoiriens de la Haye sont libres de toutes charges. Ils expriment leurs volontés de revenir dans leur pays. La balle est dans les pieds de ton Camarade. « Le médicament est amer, mais il faut le boire… », avait dit Le Bruxellois en janvier 2003… En fait, en Côte d’Ivoire, les hommes changent de postures et de chaises mais prennent toujours les mêmes médicaments amers… Autour de ton Camarade…

“ Ça s’appelle la real-politik. La réalité impose la stratégie sur le terrain. La bataille n’est pas pour autant gagnée. Chaque partie doit continuer de jouer sa partition. Faire preuve d’humilité. ’’

Ce mercredi 7 avril 2021, c’était sa première prise de parole publique après le verdict de la chambre d’appel de la CPI et la formation du nouveau gouvernement. Les missions de bons offices sont toujours souterraines. La connexion entre Abidjan et la Haye a été établie. La Haye parlait pour Bruxelles. Ton Camarade est un produit de la communauté internationale. Il en connaît les rouages. Il sait très bien que la pression avait changé de camp. Il n’a pas engagé de bras de fer. « Comme vous le savez, la Cour Pénale Internationale a rendu, le 31 mars dernier, sa décision sur l’appel du Procureur relatif aux procès de Messieurs Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Nous en prenons acte. J’ai bien évidemment une pensée émue pour les victimes et leurs familles. Je voudrais les assurer de notre compassion et de notre soutien. Le Gouvernement continuera de leur apporter assistance.

Quant à Messieurs Laurent Gbagbo et Blé Goudé, ils sont libres de rentrer en Côte d’Ivoire quand ils le souhaitent. Les frais de voyages de Monsieur Laurent Gbagbo, ainsi que ceux des membres de sa famille, seront pris en charge par l’Etat de Côte d’Ivoire.

Les dispositions seront également prises pour que Monsieur Laurent Gbagbo bénéficie, conformément aux textes en vigueur, des avantages et des indemnités dus aux anciens Présidents de la République de Côte d’Ivoire… » !

Ça s’appelle la real-politik. La réalité impose la stratégie sur le terrain. La bataille n’est pas pour autant gagnée. Chaque partie doit continuer de jouer sa partition. Faire preuve d’humilité. De dépassement de soi. Ce pays a tout connu. Les opposants d’hier sont devenus gouvernants. Les gouvernants d’hier, opposants. Chacun connaît le fond de la marmite. Chacun sait, jusqu’où il ne faut pas tirer désormais sur le cuir…

“ À propos de sa compassion pour les victimes, il aurait été souhaitable qu’il dise que la justice ivoirienne continuera ses investigations pour faire la lumière sur tous ces faits et sur les responsabilités de toutes les personnes impliquées dans les crimes commis en Côte d’Ivoire, indépendamment de leur rang ou appartenance politique. ’’

Encadré/Réaction de Eric-Aimé Semien (Président de l’Observatoire ivoirien des Droits de l’Homme, OIDH)

« Là où il faut remercier le chef de l’Etat, c’est sur la prise en charge gracieuse du déplacement retour des acquittés et de leurs familles vers la Côte d’Ivoire. Rien ne l’y obligeait… du moins juridiquement.

À propos de sa compassion pour les victimes, il aurait été souhaitable qu’il dise que la justice ivoirienne continuera ses investigations pour faire la lumière sur tous ces faits et sur les responsabilités de toutes les personnes impliquées dans les crimes commis en Côte d’Ivoire, indépendamment de leur rang ou appartenance politique. Bref un signal fort en matière de lutte contre l’impunité. La seule compassion de l’Etat et des mesures annoncées pour soulager les victimes ne suffisent pas. Il faut la vérité sur les faits (tous les faits sans exclusive) …pour un simple devoir de mémoire, somme tout important pour tourner définitivement la page du passé.

Enfin que MM. Gbagbo et Blé Goudé soient libres de rentrer chez eux, ceci n’est pas un service, mais plutôt un droit. Aucun ivoirien ne peut être contraint à l’exil selon la Constitution et aucun Etat ne peut refouler son national même s’il le voulait. Il en de même pour le statut d’ancien chef d’Etat reconnu à M. Gbagbo. C’est juridiquement fondé et M. Gbagbo dispose de recours si les avantages liés à ce statut lui étaient déniés ab initio et sans fondements.

La question de leur retour est à dissocier de celle des condamnations et des mandats d’arrêts qui les visent. Là demeure la vraie question de droit.

Arrestation à l’arrivée ou encore Grâce, amnistie, suspension de condamnation ? Chacune de ces 3 dernières notions a un contenu et un régime juridique différent. J’ai bien peur que seul le droit ne suffise à conjecturer.

Bonjour la politique ».

Par Fernand Dédeh

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