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[Côte d’Ivoire] YAO YAO Vincent (Entrepreneur) : « On n’est pas né pour être dirigé, mais… »


YAO YAO VINCENT, SUR UN CHANTIER (PH/LPS)

Abidjan, 10-5-2019 (lepointsur.com) La jeunesse représente une force vive, elle est riche des aspirations propres à cette étape de l’existence. Mais, aujourd’hui encore, des conditions de vie précaires (chômage, exclusion, pauvreté, particulièrement nuisibles aux jeunes dévalorisés) gâchent ce potentiel et cette énergie. Alors, c’est à juste titre que « Lepointsur.com » a tendu sa perche à M. YAO Yao Vincent, jeune entrepreneur, technicien et ingénieur concepteur en énergie. Dans cet entretien, il nous livre sans filtres, son projet et ses ambitions.

Monsieur YAO Yao Vincent, quel a été votre parcours avant d’en arriver là, aujourd’hui ?

Je suis technicien en électricité et ingénieur concepteur en énergie. En somme, je fais l’électricité générale. Après la Russie, je suis rentré au pays où j’ai exercé un peu dans une entreprise étatique en charge de la distribution d’électricité. Alors, j’ai trouvé que cette structure était un peu contraire à ce que j’ai appris, donc je me suis retiré et j’ai mis ma propre structure en place. Et je continue d’exercer, d’ailleurs, dans le cadre de l’électricité. Je fais de l’énergie solaire, de l’électricité générale, les câblages, l’industriel…

Pourquoi avez-vous démissionné pour vous installer à votre propre compte ?

Une chose, c’est d’approfondir sa connaissance et aller de l’avant. On a plus de temps à réfléchir pour aller de l’avant au lieu de rester à faire chaque fois des rapports et toujours rendre compte, alors qu’on n’est pas né pour être dirigé, mais on est né pour diriger. Bon, disons qu’on est plus à l’aise lorsqu’on est son propre patron.

Avez-vous démissionné parce que vous êtes senti lésé au sein de cette structure ?

Mon ambition, c’est de créer. En électricité, une fois qu’on a été formé, il faut créer ou compléter ce qu’on a appris. Si les Européens sont venus nous apprendre des choses, alors pourquoi ne pas chercher nous aussi à aller au-delà de cette formation ? Donc, c’est dans ce cadre-là que je suis sorti pour mieux faire mes recherches dans le but de créer quelque chose, surtout dans l’énergie. En Côte d’Ivoire, certains abonnés, pour éviter de payer des factures élevées, sont obligés de frauder. Qui dit fraudeur, dit voleur. Alors, que ceux-là ne sont pas forcément voleurs, mais, vu la cherté du kilowattheure, ils sont obligés de contourner un peu la logique. Alors que, si nous avions une autre possibilité de gérer l’énergie, je vois que les gens ne passeraient pas par-là et tout le monde aurait accès à l’électricité.

Alors, que comptez-vous faire en tant que jeune entrepreneur spécialisé en électricité et en énergie solaire?

Dans ce cadre-là, je pense que j’ai trouvé certains moyens et certaines solutions, mais, comme  on n’a pas la voix. On veut mettre des choses sur le terrain, mais, les gens pensent qu’on veut aller contre cette structure qui a le monopole de l’électricité en Côte d’Ivoire. J’ai des parents qui travaillent là-bas, donc, si je la fais tomber, comment ces personnes vivront? Ce n’est pas pour la mettre en faillite, mais une fois que la consommation de l’énergie est gérée, on sait qu’il y aura assez d’énergie pour servir tout le monde. On avait parlé de délestage, c’est parce que l’énergie fournie par le barrage, la turbine et les forces de transport ne suffisaient pas à la population. Voilà pourquoi il y a eu le délestage. Maintenant, c’est une seule personne qui utilise le courant, il n’y aura pas de délestage. En utilisant le courant, il faudrait qu’on connaisse réellement le besoin de la population dans l’énergie.

Ce projet a-t-il déjà vu le jour?

Pour le moment, j’ai testé et ce projet est là depuis 2009, mais je suis toujours dans l’ombre. Ce n’est pas facile. Je n’ai pas de brevet. Donc, quand on crée quelque chose et qu’on n’a pas de brevet, c’est illégal.

Mais, où en êtes-vous avec ce projet ? Et qu’attendez-vous alors?

Le projet est là. Maintenant, s’il y a des gens de bonne foi qui viennent vers moi pour qu’on puisse échanger, parce qu’il faudrait qu’on se dise les vérités, lorsqu’on ne sait pas qui est devant soi, on ne peut se présenter devant cette personne. Car, en Afrique, la confiance n’existe pas. Donc, si la personne est sincère envers elle-même et qu’elle vient, on partagera ce projet. Par exemple, je prends la production d’eau, on peut faire sortir l’eau du sol avec certains appareils, alimenter les villages. Dire aux villages de ne pas payer l’eau, mais verser un minimum de 100.000 FCFA selon le village dans la caisse de l’Etat par mois. Faites un peu le point de tous les villages en Côte d’Ivoire. Si on fait cela, est ce que l’Etat n’aura pas assez d’argent pour éviter de s’endetter en empruntant de l’argent à l’extérieur ? On a de l’argent, nous dormons sur l’argent et quelqu’un d’autre vient prendre cet argent pour nous gouverner. Je m’arrête là pour ne pas faire de politique.

Dévoilant ce projet, n’êtes-vous pas en train de prendre de gros risques ?

Prendre un gros risque, je ne vois pas de risque en cela, parce qu’aujourd’hui, c’est l’idée même de nos dirigeants, peut-être qu’ils n’ont pas encore vu. Mais, s’ils voient ça, ils peuvent venir pour qu’on puisse en discuter. Je pense que les ministres, les présidents et autres, leur souci, c’est de tout faire pour plaire à la population et rester toujours à leurs postes. Et ils ne pourront pas rester à leurs postes, si cette population n’est pas contente d’eux. Comment faire pour que cette population ait confiance en eux, ils sont encore à la recherche.

YAO YAO VINCENT, encourage la jeunesse à se prendre en charge (PH/LPS)

Aujourd’hui, qu’elles sont vos ambitions pour ce grand projet ?

Mon ambition, c’est de faciliter tout Ivoirien, tout Africain à avoir de l’électricité chez lui. On n’arrive plus à produire le café et le cacao comme avant, parce que tout le monde veut aller en ville. Étant au campement, il ouvre son robinet, il a son eau courante, il a de l’électricité chez lui dans le campement, même chose comme ce qu’on a en ville avec toutes les chaînes qu’il veut. Qu’est-ce qu’il a, à gagner en ville ? En revanche, il prendra la peine de travailler convenablement pour plus et bien produire. Donc, je pense que la jeunesse doit se réveiller, laisser la politique aux politiciens. La vraie politique, c’est être autonome et travailleur. Que les jeunes sachent que  ce Dieu leur a donné est important. Chacun doit se glorifier de ce qu’il a.

Quel regard portez-vous sur cette jeunesse d’aujourd’hui, surtout en tant que jeune entrepreneur ?

Moi, je n’accuse pas la jeunesse d’aujourd’hui. J’accuse nos dirigeants parce qu’aujourd’hui, tous nos jeunes sont formés comme administrateurs à l’économie. Prenons le cas d’un jeune qui fait l’enseignement général, ou un autre qui fait l’université, il sort avec ses diplômes sans rien sous la main. Dans quelle entreprise ira-t-il travailler. L’Etat n’a pas la potentialité d’employer tous ces jeunes sortis des grandes écoles et des universités. Mais, pourquoi ne pas les rendre autonomes. Je prends le pays anglophone tel que le Ghana. A partir de CE1 déjà, l’enfant commence à avoir un métier, jusqu’à ce qu’il finisse et ait son diplôme. Prenons le cas d’un Ibo, lorsqu’il vient en Côte d’Ivoire, s’il a trop  »galéré », c’est trois mois, quelques temps après, il embauche le plus diplômé de la Côte d’Ivoire, alors que lui-même, n’a même pas le niveau. Mais, il a le métier et la connaissance. C’est ce qu’il nous faut. Il faut que les jeunes s’adonnent aux métiers et surtout un secret : il faut être honnête. Quand on est honnête dans son métier si on a faim, c’est pendant deux jours. Au troisième jour, on a à manger.

Un conseil pour la jeunesse…

J’ai déjà dit l’essentiel. Mais, pour que la jeunesse soit autonome, il faut que cette jeunesse apprenne à être fière, être honnête, parce que quand on est honnête envers soi-même, on est honnête envers tout le monde. Et surtout, lorsqu’on est sérieux dans ce qu’on fait, on ne peut être négligé. Donc, que la jeunesse abandonne la facilité, le broutage, pour s’adonner au travail, pour apprendre des métiers, gagner dignement sa vie et faire l’honneur de sa famille.

Entretien réalisé par Médard KOFFI (Grand reporter)

 

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