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[Côte d’Ivoire Transport terrestre] À quand la fin des violences meurtrières des syndicats dans le transport ?


Abidjan, 26-8-19 (lepointsur.com) La violence dans le milieu des syndicats de transport terrestre en Côte d’Ivoire continue de causer la mort à d’innocentes personnes.

Vous avez dit syndicat des transporteurs. Ils sont là. Installés à tous les coins des rues de la capitale économique (Abidjan) et à l’intérieur du pays où les taxis et les transports en commun stationnent. Les vrais responsables sont invisibles sur le terrain. Ils se sont partagé toutes les voies d’Abidjan et celles de l’intérieur du pays. Leur relais ce sont les gnambros (‘’gros bras’’ en nouchi, un argot ivoirien).

Ces derniers travaillent dans un espace bien délimité par leur syndicat. Chaque groupe de gnambros a un parking qu’il gère au compte de son patron, responsable de syndicat.

Le chauffeur de taxi ou de minibus appelé communément gbaka doit leur verser entre 50 fcfa et 2000 fcfa par voyage comme droit des syndicalistes et “droit de terre“, selon la capacité du véhicule.

Ces actes provoquent souvent des violences, des bagarres qui se terminent dans le sang.

Le cas le plus récent s’est produit à la gare du grand carrefour de Koumassi en juin 2019, lors de la bataille entre gnambros pour le contrôle de cet espace. Cet affrontement, le énième du genre, a causé de nombreux dégâts dont la mort d’un jeune homme.

Le préfet de la ville d’Abidjan, Vincent Toh Bi Irié, a procédé à la fermeture des gares situées au grand Carrefour de Koumassi le 12 Juin 2019, en accord avec le maire qui a pris un arrêté municipal.

Mieux, 5 personnes présumées impliquées dans ces violences ont été déferrées à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca).

Deux mois plus tard, le 25 août 2019, c’est dans la commune de Yopougon que ces tristes individus remettent le couvert par leurs sales besognes.

La victime, un élément de la gendarmerie nationale, s’est retrouvée au mauvais moment, au mauvais endroit pour calmer deux groupes de gnambros de deux syndicats différents.

Ne s’attendant pas au pire, il sera dépossédé de son arme qui servira à son agresseur de l’abattre froidement.

Une vraie mafia qui ‘’collabore’’ avec les forces de l’ordre. Les taxes illégales imposées aux conducteurs de taxis et gbakas sont connues des forces de l’ordre, qui ‘’collaborent’’ avec ces gnambros moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Conséquence : le désordre s’installe partout et à tous les coins de rue des quartiers de la ville d’Abidjan et de l’intérieur du pays. Interrogé, l’un des gnambros exerçant à la gare de la pharmacie ‘’Bel Air’’ dans la commune de Yopougon témoignent sous le couvert de l’anonymat. « Quand vos policiers viennent ici, on donne leur ‘’mangement’’ (leur part). Ce sont nos collègues, qui nous protègent

Il n’a pas tort, car le phénomène a pris une telle ampleur qu’il a été évoqué le 12 novembre 2018, en Conseil des ministres. Quelques jours auparavant, un ‘’apprenti gbaka’’ (un adjoint au chauffeur de bus qui aide à charger les bagages et les personnes) avait été violemment poussé en dehors du taxi-bus par un gnambro et tué accidentellement par un autre véhicule.

Selon le communiqué de presse du baromètre de la corruption réalisé par Afrobaromètre publié le 11 juillet 2019, les préoccupations liées à l’intégrité des autorités publiques sont élevés, avec en tête la police ivoirienne.

En effet, précise le communiqué, parmi les institutions publiques les plus importantes, les agents de police sont les plus couramment considérés corrompus, presque la moitié (47%) des gens affirment que « la plupart » ou « tous » les agents de police sont corrompus. Mais beaucoup perçoivent également les autorités gouvernementales (39%) et les parlementaires (36%) comme impliqués dans les affaires de corruption.

Le président de la Coordination nationale des gares routière de Côte d’Ivoire (Cngrci), Adama Touré, qualifie ce phénomène de ‘’gangrène’’. À l’en croire, le Syndicat national des transporteurs de marchandises en Côte d’Ivoire (Sntm-CI) fut l’une des premières associations syndicales créées dans les années 90 par le défunt Kassoum Coulibaly l’ancien syndicat unique des transports (SNTM-CI) ‘’pour lutter efficacement contre la création de nouveaux syndicats de transporteurs qu’ils voyaient comme une menace pour son marché’’. Interrogé par le confrère de https://observers.france24.com en novembre 2014, Adama Touré précisait ce qui suit : « Pour garder la main mise sur le secteur, l’ancien syndicat a embauché des gros bras chargés de taxer les chauffeurs. Petit à petit, chaque syndicat a recruté ses gnambros, et le système s’est organisé : chaque syndicat s’arrangeait pour avoir son jour de collecte et éviter les affrontements entre gnambros. Ce n’était pas un système acceptable pour le client, mais au moins il y avait peu de débordement

Dans ce désordre où au moindre affrontement il y a des blessés graves et mort d’hommes, le gouvernement n’a pas encore pris les mesures vigoureuses qui s’imposent : l’éradication du phénomène de gnambros.

Ils sont des chefs de gare alors qu’ils exercent dans des mairies comme c’est le cas de Doumbia Dramane, conseiller municipal à la mairie de Yopougon, présumé coupable du meurtre du gendarme.

Autant affirmer que ces gnambros marchent fièrement dans les pas des politiciens à tous les niveaux de la chaîne. Ils sont plus visibles pendant les campagnes électorales, au cours desquelles ils sont adulés et choyés.

Difficile combat. Vincent Toh Bi Irié reconnaît que la violence dans le secteur du transport tue la vitalité et le dynamisme d’une partie de l’économie nationale avec des conséquences sociales. « Nous discutons avec le ministère des Transports et les mairies de la fermeture systématique des gares anarchiques », indique-t-il.

Et pour cause, la violence est le fait de voyous et ‘’les réponses appropriées sont en train d’être apportées’’.« Des arrestations ont été immédiatement effectuées. Des mesures ont été communiquées aux transporteurs. Mais pour une plus grande efficacité, ces mesures devront être harmonisées sur l’ensemble d’Abidjan, ce à quoi nous nous attelons », souhaite-t-il.

En attendant, l’engagement de l’État et la prise de mesures pour éradiquer définitivement ce système mafieux dans un secteur aussi sensible que le transport sont attendus.

Kpan Charles

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