Politique

Côte d’Ivoire / Présidentielle 2015 : Les femmes au pied du mur !


Marguerite Yoli Bi Koné au sein de la Cei (Commission électorale indépendante), en qualité de superviseur des régions du Gontougo, du Bounkani, ainsi que des pays comme l’Afrique du Sud et le Gabon(PH:lepointsur.com)

Marguerite Yoli Bi Koné au sein de la Cei (Commission électorale indépendante), en qualité de superviseur des régions du Gontougo, du Bounkani, ainsi que des pays comme l’Afrique du Sud et le Gabon(PH:lepointsur.com)

Les femmes ont décidé de prendre le devant de la scène en politique. Illustration grandeur nature: leur présence à l’élection présidentielle d’octobre 2015. En partenariat avec Panos, lepointsur.com a ouvert une enquête pour situer le degré d’implication de la gent féminine dans le processus électoral en Côte d’Ivoire.

Côte d’Ivoire / Présidentielle 2015 : Les femmes au pied du mur !#Elections

La promotion du genre est bien une réalité en Côte d’Ivoire. Conscientes de la force politique qu’elles représentent, les femmes ont décidé de se faire entendre. Et de fort belle manière ! En témoigne cette présence de Marguerite Yoli Bi Koné au sein de la Cei (Commission électorale indépendante), en qualité de superviseur des régions du Gontougo, du Bounkani, ainsi que des pays comme l’Afrique du Sud et le Gabon. Dans le cadre de l’élection du Président de la République en 2015, la dame commissaire central situe le bien-fondé de sa fonction. « Je suis aussi chargée de la formation parce que membre de la sous-commission en charge de la formation, la sensibilisation et la communication. Vous n’êtes pas sans savoir que la formation est très importante dans tout processus. Car, si les gens ne sont pas bien formés, ils rencontreront des difficultés au niveau du renseignement de certains fichiers qui seront mis à leur disposition le jour du scrutin », indique-t-elle.

Bien mieux, son action pour une meilleure représentativité des femmes au sein de la CEI, elle l’avait entamé au Parlement, même si elle regrette le manque de solidarité des femmes dans la lutte pour la promotion du genre. En effet, Mme Yoli Bi fait partie des défenseurs qui ont réclamé un bon quota des femmes au sein de la Cei. « Nous avons souhaité que la Cei prenne en compte le genre et qu’elle soit plus claire sur la question de la participation de la femme au processus électoral. Nous n’avons pas été suivis. Seulement quatre femmes ont soutenu notre démarche à l’Assemblée nationale», déplore-t-elle. Loin de baisser les bras, elle ajoute qu’elle reprendrait son bâton de pèlerin après le processus électoral.

La coordonnatrice nationale du Wanep (Réseau Ouest-africain pour l’édification de la paix) se dit aussi convaincue que la femme a un rôle important à jouer dans la construction de la Côte d’Ivoire. «Personne ne viendra faire notre lit à notre place. Si nous ne portons pas nos préoccupations, elles seront toujours ignorées. La meilleure façon pour que nos préoccupations soient prises en compte, c’est d’aller voter et montrer que nous constituons une force importante de la société et nos voix peuvent faire la différence », insiste Kéi Dédi Marie-Joëlle.

Les femmes de Côte d'Ivoire ont montré leur détermination à des élections apaisées

Les femmes de Côte d’Ivoire ont montré leur détermination à des élections apaisées

Pour elle, il faut dépasser les clichés d’autrefois. En effet, elle explique que la mise à l’écart des femmes du processus électoral s’explique par certains facteurs sociologiques ou socioculturels qui, selon elle, ont longtemps confiné les femmes à la cuisine, au marché ou encore dans les champs. Ainsi, lorsqu’il y avait d’importantes décisions à prendre concernant la communauté, elles n’étaient pas associées. En effet, elle indique qu’avant, les femmes ne devaient pas être dans le cercle des hommes, là où se prenaient les grandes décisions. Pour elle, cette situation a influencé la société jusqu’au sommet de l’Etat, d’autant qu’à une période encore récente, les femmes étaient très rares, voire inexistantes au plus haut niveau de l’Etat.

« Je ne pense pas que les hommes bloquent l’émergence des femmes pour ce qui concerne les questions politiques. Je voudrais rappeler qu’en toute chose l’opportunité se crée. C’est sûr que dans la vie, on ne fera le lit à personne pour son épanouissement. Il appartient à chacun de créer les conditions de son autonomie. Dès lors, si on est dans une société fortement masculine, il appartient aux femmes de prendre leur responsabilité pour s’émanciper dans un certain sens. Tant qu’elles ne le feront pas, c’est sûr que les hommes ne le feront pas à leur place », avoue-t-elle.

Cela dit, elle note aujourd’hui, avec satisfaction, l’implication des femmes au processus électoral, avec à la clef, deux candidates à la magistrature suprême. « C’est avec joie que nous assistons à la création de plusieurs structures en vue de motiver les femmes à prendre leur place au niveau de ce processus souvent très difficile », s’exclame la coordonnatrice du Wanep Côte d’Ivoire.

Naturellement, la charité bien ordonnée commençant par soi-même, Mme Kéi égrène un chapelet d’actions menées par sa structure au profit des femmes. Entre autres, cette conférence-débat organisée dans le cadre du 15e anniversaire de la résolution 1325 de l’Onu, avec les deux femmes candidates. Cette rencontre, il faut le noter, a porté sur le renforcement des capacités dans le processus électoral, ainsi que la prise en compte des recommandations de la résolution 1325. Pour tout dire, les femmes ont insisté sur la manière dont cette résolution a incité et favorisé les candidatures féminines.

Témoignages de femmes

En dehors des candidatures, on note aussi une implication accrue des femmes à bien d’autres niveaux du processus électoral. Un cas parmi tant d’autres, Mme Chantal Fanny, maire de Kaniasso et Directrice régionale de campagne du candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix en charge de la mobilisation des femmes dans le Folon. Elle explique : « nous sentons une grande implication des femmes à cette élection. Les femmes sont véritablement engagées au processus électoral », indique-t-elle.

Elle va plus loin en assurant par exemple que «la ministre Kandia Camara, directrice nationale de campagne chargée de la mobilisation des femmes du candidat Alassane Ouattara, est en train de faire un travail colossal. C’est l’une des rares fois qu’on implique des femmes à une élection. Et ce n’est pas discutable. Dans le contexte électoral, le président Alassane Ouattara est en train de faire de son mieux pour faciliter la promotion de la femme», déclare Mme Fanny.

Cet avis est aussi partagé par Dame Kadidjatou Bamba, commerçante. Elle explique que malgré les soubresauts de la crise de 2010, les femmes occupent encore aujourd’hui le haut du pavé en termes de mobilisation des électeurs. Elle en profite pour plaider une meilleure condition de vie si son candidat venait à être élu. « Je pense que les femmes sont plus mobilisées que les hommes. Lorsqu’il y a des meetings, ce sont elles qui sont les premières sur les lieux. Nous espérons que le candidat élu se penchera sur nos conditions de vie », soutient-elle.

Journaliste-consultante au quotidien Fraternité-matin, Agnès Kraidy, par ailleurs présidente du Réseau des femmes journalistes et professionnelles de la communication (REFJPCI), soutient avec satisfaction que les femmes sont très impliquées dans le processus électoral cette année.

 «Deux projets novatrices jamais initiés auparavant en Côte d’Ivoire, notamment le forum dénommé ‘Présidentielle 2015 : les femmes s’engagent et veulent se faire entendre’’ et la création du pagne ‘’Elections apaisées’’ financé par l’USAID, avec lequel les femmes du grand-ouest ont organisé une caravane de sensibilisation dans les localités de Daloa, Issia, Duékoué, Bangolo et Guiglo témoignent de l’engagement des femmes au processus électoral», fait-elle savoir.

Le forum qui s’est tenu du 25 septembre au 08 octobre 2015 à l’Ivoire Golf Club, a été mis sur pied par des organisations féminines issues de la société civile, notamment la Coalition des femmes leaders de Côte d’Ivoire (CEFLCI), le Réseau des femmes journalistes et professionnelles de la Communication de Côte d’Ivoire (REFJPCI), le lobby pour la défense des droits de la femme, l’Organisation des femmes actives de Côte d’Ivoire (OFACI) et l’Association des femmes chercheures de Côte d’Ivoire (AFEMC-CI).

«Ce forum est une plateforme de rencontres et d’échanges entre les femmes et les candidats à la présidentielle. Il est une occasion pour les candidats de faire connaître leur projet de société et surtout la place qu’ils y accordent aux femmes. Les femmes de leur côté, feront valoir leur droit à la parole et solliciteront l’engagement public des candidats à intégrer le genre comme un outil stratégique de gestion de l’Etat», explique-t-elle.

Pour Agnès Kraidy, l’objectif de ce forum est de créer un cadre d’échanges et de débat public entre les femmes et les candidats qui permettent d’engager publiquement les candidats à intégrer les attentes et les besoins des femmes dans leurs projets de société. Il s’agit également d’amener les candidats à tenir compte des préoccupations femmes dans l’élaboration de leur projet de société, les inciter à avoir  une approche genre de la gestion de l’Etat, faire émerger et faire entendre la parole des femmes, leurs réalités, leurs solutions et mettre en lumière les décisions qui marginalisent les femmes.

Il est donc clair qu’aujourd’hui, loin d’être assistantes, les femmes sont activement présentes dans le processus électoral. Comme le vrai maçon dont le travail se perçoit au pied du mur, elles sont à pied d’œuvre pour l’avènement d’une Côte d’Ivoire plus démocratique !

Les hommes se prononcent sur la question

Eugène Kanga (journaliste):« Les femmes sont véritablement impliquées »

Les femmes de toutes les couches sociales sont véritablement impliquées dans ce processus électoral. Cet engouement est dû au fait que cette année, il y a deux candidates à la présidentielle. Et dans les différentes campagnes, les femmes décident de porter leurs choix sur les deux candidates. Aussi, le fait  que le gouvernement ivoirien décide  de faire la promotion du genre, suscite davantage l’engouement de la gent féminine.

Sangaré Abdoulaye (Cultivateur à Ouayéré dans le département de Kaniasso):«Leprocessus électoral demeure une affaire d’hommes »

Chez nous, il est difficile que les femmes donnent leur point de vue pour les questions liées aux élections. C’est vrai qu’elles ne sont pas interdites d’aller voter le candidat de leur choix, leur implication est cependant limitée. A peine, elles sont associées au processus qui aboutit au scrutin. Ici, en effet, leur participation au processus électoral se limite simplement à aller voter et pas plus. Cela est certainement dû au fait qu’elles n’ont aucune culture concernant les élections. Nous aurions souhaité qu’elles soient davantage associées au processus, mais si c’est le cas qui prendrait soin des ménages ?

Vincent Youkpo (Informaticien) : «Les femmes sont encore loin du processus » :

Malgré le matraquage médiatique les invitant à s’impliquer dans le processus électoral, les femmes restent encore éloignées. Cette indifférence peut s’expliquer par une certaine peur mal exprimée. Résultat, elles sont arrière-plan du processus et des réalités concernant l’élection présidentielle. En dehors de voter et chanter pendant les périodes électorales, on ne les sent véritablement pas.

Opportune Bath

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