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17 braquages par jour à Abidjan… statistiques? Non réalité!


Nous ne sommes qu’en Novembre 2011… 20h50; dernier message téléphonique …. Zut mes clés, le portail pourrait se refermer sur moi ! Mon frère est fatigué; son nouveau-né a dû bouffer un peu de son énergie. Et puis, nous sommes en début de soirée, on est tous pompé, boulot, trajet. D’ailleurs, il m’a tirée de mon lit une quinzaine de minutes avant. “Petite, tu es à la maison? Ok, j’arrive”. Quand j’ai répondu oui, j’ignorais que je ferai partie des statistiques une heure après.

Il y a moins de 10 jours mon frère énonçait “je viens de me faire braquer chez moi”? Qu’ai-je répondu? “On fait quoi maintenant ?”

Aujourd’hui, à mon tour, je dis “j’ai été emportée, avec mon frère, dans sa voiture par 5 individus armés, qui m’ont déposée sous le pont de la casse à Adjamé”. La scène est trop rapide pour que je puisse me rappeler de ce qui s’est réellement passé. J’ai juste des détails. Ma chaine qu’il m’arrache posément, l’alliance de mon frère qui lui est retirée, ma culotte trop courte, ma poitrine sans protection dans un débardeur trop lâche, mes sandales trop grandes, et cette prière que je récite sans jamais atteindre la deuxième phrase “je vous salue Marie… et après c’est quoi? Seigneur ne me lâche pas stp“. Ils ne me bousculent pas, mais l’arme là dans l’abdomen de mon frère suffit à me rendre coite. Je ne pense même pas à crier. Je ne comprends pas. C’est trop brusque. “Toi, tais-toi! Montez dans la voiture“. Ils sont trois (3) d’où viennent-ils? “Si tu cries je tire tout de suite“. Un voleur ressemble à quelque chose de sale, de brutale aussi. Pour la deuxième assertion, je ne me suis pas trompée, ils tapent un peu. Pas sur moi, sur mon compagnon d’infortune. Là derrière, des filles devant une maison détalent. Aurais-je fait pareil? Oui, sans doute, un pistolet ressemble trop à la mort et j’ai tant envie de vivre.

Vous allez voir… non maman moi je vais à Adjamé, je ne connais pas ici“. D’où me vient le courage, je crains tellement ce canon dans le ventre de mon frère. Ils lui demandent de parler et de se taire en même temps. Je n’ose plus le regarder; j’ai honte, j’ai mal. Une seconde avant il me disait “hum petite est-ce que tu es sûre de la sécurité de ton bâtiment? Tu n’es pas trop seule? Si quelqu’un te suivait tu aurais à peine le temps de …” non, je l’ai rassuré, ce n’était pas possible. Des conjectures malheureuses? Une réalité l’instant d’après.

Indiquer le chemin pour sortir de la 8° tranche. De quoi avons-nous parlé dans cette voiture? Deux autres ont rejoint les trois premiers dans la rue devant. Alors je me demande est-ce que tous ceux qui marchent ainsi presque normalement sont de braqueurs ? Le mot s’imprime dans mon esprit tandis que mon cœur cogne mes côtes. Ils montent. Nous sommes en surcharge, entassés à l’arrière comme des sardines. Que vont-ils faire ? Et si une patrouille de FRCI ou CCDO nous croisait ? Échanges de tirs? Oserais-je crier? Non il n’en est pas question. Il faut que nous descendions sans qu’ils n’aient posé un doigt sur nous, Seigneur tu m’entends! Ça suffit fais ce miracle pitié. “Djôh je sens pas la clim! Y’a pas clim?” ah! Tu pensais que j’allais transpirer seule? La voiture éternue, se cabre. “Petit calme toi, respecte le feu“. S’il lisait mes pensées, il n’aurait pas été loin de ces paroles. Il me sourit? Oui, je souris aussi. Ils semblent un peu plus détendus. Moi aussi. Voici le zoo. La 307 court vers Adjamé. Je ne sais plus ce qui se passe. Je pense à ces sms que je vais recevoir; où serai-je dans deux heures? Comment tout ceci va finir? Station Corlay sur la voie rapide: “descendons-les là” la réponse négative sèche oblige le chauffeur à embrayer. Il y avait pourtant une Murano garée juste dans la rue après mon bâtiment, non? L’autoroute et mon cœur qui retrouve un rythme fou. La bretelle qui sort sur Adjamé, près de la casse, là où les pneus sont régulièrement brûlés, la voiture ralentit. “Donne leur 2.000“. Nous ne recevons rien. Une poignée de main, et nous descendons. C’est fini. Oui.

Ouf…

C’est fou! Aucun véhicule ne répond à nos gestes. Faut-il les suivre ? La peur fleurit sous mes pas, je tremble enfin. Mon frère prend les opérations en main, je le suis. vivante malgré cette étrange rencontre avec un pistolet!

21h50. Commissariat du 22°, déclaration. Je fais désormais partie des statistiques. 17 braquages par jour à Abidjan.

J’espère que M. Hamed Bakayoko, Ministre de l’intérieur et de la sécurité a les estimations en main. Où en sommes-nous trois (3) ans après ? Avons-nous passé le cap des 20 braquages la journée ? Des mesures sont-elles prises ?…

Sinon comme disait quelqu’un la semaine dernière : “nous allons tous nous armer!” Car si Awa Fadiga avait été armée ou si le Sgt Adon Marie-Laure avait été en possession de son outil de travail, les choses allaient sûrement être autres !

Oui parce que je ne peux pas assister impuissante à notre victimisation orchestrée au nom d’une prétendue insécurité étatique.

Oui parce que comme eux, du sang coule dans mes veines, mais je crache blanc!

Oui parce que le cœur du braqueur assis contre moi battait plus vite que le mien! Il se disait “cadavre”, mais nous sommes tous des morts en sursis, frère.

 A lui, mon frère, je suis à présent un chiffre … aussi et malheureusement.

Comment serai-je demain? Oserais-je refaire ce chemin que j’aime tant ? À pieds de la 7° à la 8° tranche, écouteurs, le rythme tranquille de mes sandales sur le goudron chaud et la voix de Salif Kéïta, un individu me parle? Il veut un renseignement? No problem. Aujourd’hui? Un individu veut un renseignement? Au voleur! C’est clair!

Qu’on ne dise pas ça va prendre du temps pour désarmer. Tout est volonté, et en l’occurrence volonté politique. S’il y a eu volonté pour armer, alors il y aura volonté pour désarmer. Ce n’est pas aussi simple? Il fallait y songer. Faites les accords qu’il faut, vous êtes passés Maître dans l’art. Prenez les décisions qu’appellent la situation, elles seront suivies. Ne dit-on pas de vous que vous savez vous faire obéir? Nous autres abidjanais, ivoiriens, ne souhaitons pas être des chiffres, nous voulons la Paix! Et vous nous l’avez promis sous/sur tous les toits.

À bon entendeur …

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