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[Présidentielle 2020] Pourquoi Alassane Ouattara ne sera pas candidat (réédition)


Publié le : 5 juin 2018 à 23 h 40 min

Dans une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique du dimanche 3 juin, le chef de l’État ivoirien a rallumé la flamme du suspense en déclarant que la Constitution de 2016, l’autorise à briguer un autre mandat. Ouvrant ainsi la boîte à pandores d’autant qu’il déclare qu’il se décidera en 2020 « en fonction de la situation de la Côte d’Ivoire. La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes.»

Évidemment, cette sortie à tout le moins inattendu du numéro 1 ivoirien suscite des commentaires, les uns aussi passionnés que les autres. Des déclarations à son actif, à sa dernière sortie qui défraie la chronique en passant par certains faits qui ont rythmé la vie politico militaire des deux dernières décennies, l’on peut affirmer que le champion de la rue Lepic ne peut pas briguer un 3 e mandat.
Point, n’est besoin de revenir sur les conditions dans lesquelles, le candidat du Rassemblement Des Républicains(RDR) et du Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix(Rhdp) est arrivé au pouvoir en 2010. Autant dire que le peuple de Côte d’Ivoire qui aspire désormais à renouer avec la paix ne saurait tolérer les noirs desseins d’un aventurier politique qui voudrait s’accrocher coûte que coûte au pouvoir. D’ailleurs, unanimement, les Africains en général et les Ivoiriens en particulier militent tous pour la limitation des mandats présidentiels sur le continent à deux(2).

Devoir de mémoire. L’histoire récente de la Côte d’Ivoire a été marquée par certains comportements aux antipodes de la démocratie. En 1999, alors même que le président Henri Konan qui a succédé au père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne, Félix Houphouët-Boigny décédé en 1993 abordait le dernier virage de son premier véritable mandat, il fut “balayé” par feu le général Guei et “ses jeunes gens”. L’histoire se répétant, ”le balayeur”, est balayé à son tour par Laurent Gbagbo dans des conditions connues de tous. Dix ans plus tard, le tombeur du fils prodige de Gouessesso est “humilié”et “chassé” du pouvoir par l’ex-rébellion ivoirienne aidée par la communauté internationale. La suite est connue de tous. La prise de pouvoir d’Alassane Ouattara s’est faite dans une guerre qui a fait officiellement 3000 morts.

De l’avènement de la Constitution de 2016. Une question qui revient de façon récurrente sur les lèvres de certains observateurs est de savoir si la nouvelle Constitution ivoirienne de 2016 pourrait être un prétexte voire une bouée de sauvetage puisqu’elle est décriée par l’opposition significative. Pour les uns, il suffirait de la retoucher à travers un referendum pour que les choses changent. Pour les autres, une éventuelle interprétation mettrait le feu aux poudres. A la vérité, la sortie d’Alassane Ouattara, loin d’être fortuite ressemble à bien d’egards à un chantage politique vis-a-vis de son allié d’hier le PDCI.
Alassane va-t-il dire et se dédire ?
A l’occasion de sorties publiques et d’interviews accordées à certains médias nationaux et internationaux , Alassane Ouattara et certains de ses proches ont toujours rejeté l’idée d’un 3e mandat pour leur mentor. En témoigne ces quelques déclarations, les unes aussi révélatrices que les autres. En effet, le mercredi 27 mai 2015, l’ex-présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma, après un entretien avec M. Ouattara, en marge de la 50e réunion annuelle de la Banque africaine de développement à Abidjan declarait: “le président de la Côte d’Ivoire a déclaré qu’il se retirera après son second mandat comme président, s’il est élu”. Le dimanche 28 août 2016, alors, ex-conseiller de Ouattara à la Présidence de la République,Touré Mamadou en charge de la Jeunesse et des Sports face à des jeunes militants du RDR soutenait mordicus :“le président Alassane Ouattara n’est pas Laurent Gbagbo qui dit quelque chose et pense autre chose. Sa conception de la politique n’est pas l’art de la roublardise (…) Il a dit qu’il ne fera pas un 3e mandat et il ne fera pas un 3e mandat.’’ Quant au ministre de la Justice Sansan Kambilé, à l’ouverture des débats en Commission à l’Assemblée nationale sur le projet de la nouvelle constitution ivoirienne, il indiquait à son tour le vendredi 7 octobre 2016: “avec cette nouvelle constitution, il est techniquement impossible pour le chef de l’Etat d’être candidat en 2020’’.

“Non. Ellen et moi, nous n’avons pas besoin de changer les lois pour un troisième mandat. Ellen et moi, nous nous sommes consultés. Je n’ai pas besoin de ça”, répondait Alassane Ouattara à Moses Kea, porte-parole des rois et chefs traditionnels du Libéria qui sollicitait des présidents ivoirien et libérien Ellen Sirleaf Johnson un 3e mandat , le lundi18 janvier 2016. Plus près de nous, en janvier 2017, lors de la cérémonie d’échanges de vœux face au corps constitués au palais présidentiel, le pensionnaire du palais présidentiel du Plateau se confiait à ses compatriotes en ces termes: “à l’occasion de mes 75 ans, ceci m’amène à réaffirmer que les institutions de la République qui seront mises en place très prochainement me permettront de prendre congé en 2020 après un demi-siècle de travail’’. Certains de ses proches collaborateurs dont l’ex-secrétaire général du RDR, Amadou Soumahoro(11 avril 3017), Joël N’guessan (4 mai 2017), s’adressant à des journalistes ont abondé dans le même sens que nombre de leurs militants. “Le chef de l’Etat qui a déjà dit qu’il ne ferait pas un 3e mandat n’est pas un homme à se dédire mais si par extraordinaire, il se dédit, la direction du RDR avisera’’(…)“Il l’a dit et redit à chaque occasion qu’il devait se prononcer sur ce sujet : Il ne briguera pas un troisième mandat. Alassane Ouattara est un homme de parole. Il dit ce qu’il va faire et il fait ce qu’il a dit’’. Si ces différentes sorties avaient fini par convaincre l’opinion de la volonté de Ouattara de “prendre congé”, après ce deuxième mandat qu’il a réclamé de tous ses vœux, la dernière en date(samedi 02 juin 2018, dans une interview à Jeune Afrique) sème le doute dans l’esprit de plusieurs observateurs.
“La nouvelle Constitution m’autorise à faire deux mandats à partir de 2020. Je ne prendrai ma décision définitive qu’à ce moment-là, en fonction de la situation de la Côte d’Ivoire. La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes’’. Depuis, l’actualité politique est alimentée par les propos ambiguës de l’époux de Dominique Ouattara.

De la position de l’opposition politique ivoirienne. Après les propos de Ouattara, comme il fallait s’y attendre, la réaction de l’opposition dans toute sa composante a été sans équivoque. Le président du Front populaire ivoirien (FPI) n’est pas allé du dos de la cuillère. Se confiant à Rfi, il assène: « C’est une position qui n’est pas intellectuellement et politiquement correcte, acceptable, dans la mesure où le chef de l’Etat sait bien que la volonté qui est exprimée à travers la limitation des mandats : en Côte d’Ivoire, comme de façon générale à l’heure actuelle en Afrique, c’est qu’un citoyen ne puisse pas faire plus de deux mandats. C’est ça qui est la volonté politique qui est transcrite par la loi, par la Constitution ».Par ailleurs, le président du parti à la rose renchérit : « Monsieur Ouattara a fait deux mandats, je ne comprends pas comment il peut imaginer un troisième ou un quatrième mandat. Ce serait même une violation flagrante de la Constitution et de la volonté exprimée par les Ivoiriens à travers la Constitution. On ne peut pas dire que l’application de la loi dépend des circonstances, des situations ou des ambitions des uns et des autres. La loi, c’est la loi. Et il n’est pas le seul Ivoirien capable de maintenir la paix et la stabilité du pays, d’ailleurs il ne l’a pas fait. Monsieur Ouattara ne peut pas être candidat. Et vouloir le faire, c’est chercher encore à créer l’instabilité et les affrontements en Côte d’Ivoire ». Comme l’opposition, ils sont nombreux, les observateurs qui bien qu’emettant des réserves pensent que l’option d’un 3e mandat en 2020 pour Alassane Ouattara n’est tout simplement pas envisageable vu qu’il violerait la Constitution et par conséquent ouvrirait la voie à des troubles à l’issue incertaine.
EKB

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