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[Corée du Sud] Le président Yoon destitué à l’unanimité par la Cour constitutionnelle


La Cour constitutionnelle de Corée du Sud a confirmé, vendredi 4 avril, à l’unanimité la destitution du président Yoon Suk-yeol, le chassant définitivement du pouvoir après sa déclaration de la loi martiale en décembre 2024. L’ex-chef de l’État a présenté ses excuses.

Sur la grande place de Séoul, les manifestants pro-démocratie ont explosé de joie à l’annonce de cette décision, très attendue, rapporte notre correspondante dans la capitale sud-coréenne, Camille Ruiz. Ce sont des embrassades, des pleurs de joie, des danses improvisées, une fanfare et des applaudissements de toutes parts. « Longue vie à la démocratie ! », crient les manifestants.

Après près de quatre mois d’incertitude, ponctués de manifestations régulières, Yoon Suk-yeol a été définitivement destitué, et à l’unanimité des juges : il suffisait de six votes sur les huit juges qui composent la Cour. Le 3 décembre 2024, Yoon Suk-yeol avait tenté d’instaurer la loi martiale et avait envoyé l’armée au Parlement. D’après le parquet, le président avait même autorisé les militaires à tirer, s’il le fallait.

À la suite de la décision de la Cour, ce vendredi 4 avril, l’ex-président sud-coréen a présenté ses excuses : « Je suis vraiment désolé et j’ai le cœur brisé de ne pas avoir pu répondre à vos attentes, a-t-il écrit dans un bref communiqué publié après la décision du tribunal. Je suis profondément reconnaissant envers tous ceux qui m’ont soutenu et encouragé malgré mes nombreuses lacunes. »

Dans un arrêt accablant lu par son président Moon Hyung-bae, la Cour constitutionnelle de Corée du Sud a estimé que les actions de Yoon Suk-yeol avaient « violé les principes fondamentaux de l’État de droit et de la gouvernance démocratique ». « Nous prononçons la décision suivante, avec l’accord unanime de tous les juges : (nous) destituons le défendeur Yoon Suk-yeol », a-t-il dit.

Yoon Suk-yeol « ne s’est pas contenté de déclarer la loi martiale, mais a commis des actes qui ont violé la Constitution et la loi, notamment en mobilisant les forces militaires et policières pour empêcher l’Assemblée nationale d’exercer son autorité, a estimé la Cour dans son arrêt. En définitive, les actes inconstitutionnels et illégaux du défendeur trahissent la confiance du peuple et constituent une violation grave de la loi qui ne peut être tolérée du point de vue de la protection de la Constitution », a ajouté la justice.

La joie des manifestants pro-démocratie

Autour de la Cour constitutionnelle, un dispositif de sécurité inédit avait été mis en place. Quelque 14 000 policiers sont déployés et deux quartiers du centre-ville de Séoul ont été classés en zone de sécurité spéciale. Pour ce troisième procès en destitution de l’histoire du pays, les autorités ne voulaient pas voir le scénario précédent se répéter. En 2017, lors de la destitution de la présidente Park Geun-hye, quatre personnes avaient trouvé la mort dans des mouvements de foule liés à l’agitation de ses partisans.

Au cœur de la capitale, sur la place principale, des manifestants pro-démocratie ont explosé de joie à l’annonce de cette décision, très attendue. Des cris, des applaudissements, et même une fanfare ont retenti à Séoul. Certains manifestants se sont effondrés en pleurs, d’autres se sont pris dans les bras.

Derrière ses lunettes de soleil, Choi Byeon-ho, 56 ans, essuie une larme discrète. « Je suis venu ici plein d’espoir, et j’ai été tellement touché que j’ai un peu pleuré. Je suis ravi, et très soulagé. C’était une décision évidente, et elle a sauvé notre pays de la crise », se réjouit-il au micro de Camille Ruiz. Lee Eunseo, 25 ans, a déjà prévu de fêter la nouvelle : « Je vais aller manger avec mes amis dans un bon restaurant. Nous nous sommes beaucoup mobilisés, alors nous allons en parler, et se féliciter de nos efforts ».

Le soulagement se lit sur les visages. Ahn Eunyeong, 57 ans, a du mal à contenir sa joie. « J’ai du mal à réaliser, je suis vraiment très heureuse. Enfin, nous pouvons retrouver nos vies d’avant et continuer à vivre en démocratie », confie-t-elle. La comédienne pense déjà à l’élection présidentielle, qui doit se tenir dans les deux prochains mois. « Lee Jae-myung, [le leader du parti d’opposition démocrate] est le seul à se soucier vraiment des gens. Il fait vraiment bien son travail. Ce doit être lui ! »

Une élection présidentielle sous soixante jours

Cette décision de la Cour signifie le départ immédiat du pouvoir de Yoon Suk-yeol, qui n’était jusqu’à présent que suspendu, et entraînera une élection présidentielle anticipée sous soixante jours. L’ex-président est par ailleurs sous le coup d’un procès pénal pour « insurrection », un crime passible de la peine de mort.

Le grand rival de Yoon Suk-yeol, Lee Jae-myung, leader du parti d’opposition démocrate, part favori pour le prochain scrutin présidentiel. Il a salué la destitution de son rival par la Cour constitutionnelle, accusant ce dernier d’avoir « menacé le peuple et la démocratie ». « L’ancien président Yoon Suk-yeol, qui a détruit la Constitution et menacé le peuple et la démocratie avec les armes à feu et les couteaux que le peuple lui avait confiés, a été destitué », s’est réjoui devant la presse Lee Jae-myung.

Les prochaines semaines risquent cependant d’être tendues, car le président déchu bénéficie toujours de soutiens parmi la population. Une foule de manifestants pro-Yoon s’est également rassemblée dans le centre de Séoul pour écouter le verdict. L’Agence France-Presse (AFP) a entendu certains d’entre eux hurler des appels au meurtre des juges de la Cour. Un manifestant a été arrêté pour avoir tenté d’attaquer un fourgon de police à l’aide d’un bâton, a indiqué la police à l’AFP.

Source : Rfi

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